Minerais de transition : les accusations de violations des droits humains explosent en Afrique en 2025
Le continent africain, devenu un acteur central de la ruée mondiale vers les minerais indispensables à la transition énergétique, voit dans le même temps grimper de façon spectaculaire les atteintes aux droits humains liées à leur extraction. Selon le rapport « Transition Minerals Tracker 2026 », publié le 24 juin 2026 par le Business & Human Rights Resource Centre (BHRRC), les allégations de violations recensées en Afrique sont passées de 45 cas en 2024 à 100 cas en 2025, soit une progression de 122 %. L’étude, qui surveille l’impact social et environnemental de l’exploitation de neuf minerais stratégiques — dont le cuivre, le cobalt, le lithium, le fer, la bauxite ou encore les terres rares — attribue cette hausse à la multiplication des projets miniers ainsi qu’à la faiblesse des cadres réglementaires censés protéger les populations concernées.
La République démocratique du Congo concentre à elle seule plus de la moitié des cas africains, avec 56 signalements portant notamment sur des salaires très bas et des conditions de travail dangereuses, dans un contexte où l’exploitation industrielle cohabite avec un secteur artisanal informel de grande ampleur, propice à la militarisation des sites. La Zambie arrive en seconde position avec 24 cas, marqués en particulier par des pollutions du fleuve Kafue liées à des fuites provenant de bassins miniers, tandis que la Guinée complète le podium continental avec 14 allégations recensées, loin devant l’Afrique du Sud, l’Ouganda, le Gabon, Madagascar et la Namibie. À l’échelle mondiale, le nombre total d’allégations a plus que doublé en un an, portant à plus de 1 200 le total cumulé depuis 2010, une hausse qui touche en particulier plusieurs grands groupes miniers cotés en bourse.
Face à cette dégradation, le rapport plaide pour un changement de paradigme associant l’ensemble des parties prenantes. Il appelle les gouvernements africains à durcir leur réglementation minière et à garantir un véritable consentement préalable des populations locales, tout en invitant les grandes juridictions importatrices — Union européenne, États-Unis, Chine — à transformer leurs cadres de vigilance en obligations réellement contraignantes. Les entreprises minières sont quant à elles appelées à instaurer des mécanismes de recours accessibles et à intégrer le respect des droits humains dans leurs opérations, y compris en l’absence de réglementation nationale contraignante, tandis que les investisseurs institutionnels sont invités à conditionner leurs financements à des garanties concrètes sur le terrain.