Sénégal : Moody’s estime que les créanciers étrangers pourraient perdre jusqu’à 65 % de leurs investissements
L’agence de notation Moody’s a abaissé, le jeudi 29 octobre 2026, la note de la dette sénégalaise en devises de « Caa2 » à « Ca », faisant passer son estimation des pertes potentielles pour les créanciers privés étrangers de 10–20 % à une fourchette comprise entre 35 % et 65 %. Cette révision intervient alors que Dakar prépare une restructuration de sa dette extérieure dans le cadre commun du G20.
Début octobre, les cinq euro-obligations sénégalaises en circulation s’échangeaient déjà autour de la moitié de leur valeur nominale, signe des inquiétudes des investisseurs. Les pertes évoquées par Moody’s restent toutefois des estimations et ne correspondent pas à un accord de restructuration déjà conclu.
Le traitement de la dette libellée en francs CFA constitue un autre enjeu des discussions. Les autorités sénégalaises souhaitent préserver ces engagements, qui représentent environ un tiers de la dette de l’administration centrale, estimée par Moody’s à 97 % du produit intérieur brut. L’agence maintient la note de la dette en monnaie locale à « Caa2 », tout en avertissant qu’elle reste exposée aux difficultés de trésorerie de l’État.
Par ailleurs, les incertitudes autour de l’approbation parlementaire des mesures liées au programme du Fonds monétaire international, d’un montant d’environ 2,2 milliards de dollars, pourraient retarder les financements attendus. Les tensions entre l’exécutif et le législatif compliquent également la mise en œuvre des réformes budgétaires.
Les négociations avec les créanciers sont engagées, avec Alvarez & Marsal comme conseil de certains détenteurs d’euro-obligations et Houlihan Lokey auprès des banques créancières. Les discussions portent notamment sur la répartition des efforts entre les différents prêteurs, alors que les investisseurs ont exprimé des réserves concernant d’éventuelles réductions du principal. Dakar espère parvenir à des accords avant la fin de l’année.
Malgré les risques liés à la dette et aux besoins de financement, Moody’s a relevé sa perspective de « négative » à « stable », en soulignant notamment le rôle de l’appartenance du Sénégal à l’UEMOA et le maintien de son accès au marché financier régional.